La famille : un frein à l’égalité des chances ?
Animatrice : Mélia
Invitées : Émy
& Nora
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| PublicCo, Pixabay |
«Nouveau temps de La Matinale des Droits
& Libertés.
On va parler d’une question à la fois très
concrète et très sensible : La famille est-elle un frein à l’égalité des chances ?
Autrement dit : est-ce que tous les enfants, au
moment où ils naissent, ont réellement les mêmes possibilités de réussir ?
Pour en discuter, je donne la parole à deux
invitées qui ont travaillé sur ce sujet :
- Émy, notre journaliste vedette, qui se destine
au journalisme politique et qui a enquêté sur les inégalités scolaires et
sociales,
- et Nora, qui a travaillé avec elle sur l’impact du milieu
familial.
Dès la naissance : l’égalité des chances, mythe ou réalité ?
Mélia
« Nora, Émy, vous partez d’une question assez
brutale :
est-ce qu’on peut vraiment parler d’égalité des chances dès la naissance ?
Nora, je commence avec toi. »
Nora
« L’égalité des chances, c’est l’idée que chacun
devrait avoir les mêmes opportunités de réussir, quel que soit son milieu
d’origine.
Mais dans la réalité, la famille joue un rôle énorme.
Les enfants ne grandissent pas tous dans les
mêmes conditions :
certains ont des parents très diplômés, avec du temps, des livres, des sorties
culturelles ;
d’autres vivent dans des familles plus modestes, parfois monoparentales, avec
des ressources limitées, moins de temps disponible, moins d’espace pour
travailler.
Donc, dès le départ, il existe des écarts qui
rendent l’égalité des chances très difficile à atteindre. »
Mélia
« Émy, toi qui t’es penchée sur ces questions en
vue d’entrer un jour en école de journalisme, comment tu vois les choses ? »
Émy
« Ce qu’on observe, c’est qu’au berceau, les
destins ne sont pas tous identiques.
La famille peut être un moteur — ou un frein.
Un enfant dont les parents ont les codes
scolaires, qui peuvent l’aider, l’inscrire à des activités, lui donner
confiance, part avec un avantage.
Un autre, dont les parents sont en difficulté financière ou scolaire, doit
souvent fournir beaucoup plus d’efforts pour arriver au même résultat. »
Ce que disent les chiffres
Mélia
« Vous vous appuyez aussi sur des données
chiffrées.
Qu’est-ce qu’elles nous apprennent ?
Nora ? »
Nora
« Selon des travaux de l’OCDE, il faudrait plusieurs
générations pour qu’un enfant issu des familles les plus modestes atteigne
le niveau de vie moyen.
Les inégalités de départ se transmettent souvent :
- par le patrimoine,
- par le niveau d’étude,
- par le réseau social.
Mais il y a aussi des éléments plus
encourageants.
Des données de l’INSEE montrent qu’une partie des enfants de milieux modestes
parviennent à monter dans l’échelle sociale.
Donc ce n’est pas figé, mais c’est long et difficile. »
Mélia
« Émy, toi tu t’es davantage penchée sur la
manière dont les Français perçoivent ces politiques d’égalité des chances.
Qu’est-ce qu’on observe ? »
Émy
« Oui, ce qui ressort des enquêtes d’opinion,
c’est une forme de doute généralisé.
Une partie des Français pense que les politiques
d’égalité des chances fonctionnent plutôt bien.
Mais beaucoup estiment qu’elles sont insuffisantes, ou qu’elles n’empêchent pas
les écarts de se creuser.
En résumé : l’idée d’égalité des chances reste
valorisée… mais sa réalité concrète est souvent mise en question. »
Que peut-on faire ?
Mélia
« Vous ne vous contentez pas de dresser un
constat, vous évoquez aussi des pistes.
Quelles sont, selon vous, les principales leviers d’action ?
Émy ? »
Émy
« Une première piste, c’est de renforcer le rôle
de l’école comme lieu de compensation des inégalités.
Concrètement, ça veut dire :
- des moyens supplémentaires dans les établissements les plus en
difficulté,
- un accompagnement renforcé des élèves qui n’ont pas d’aide à la
maison,
- un vrai travail sur l’orientation, pour éviter que les choix scolaires
reproduisent simplement les inégalités sociales.
Mais ça suppose de considérer vraiment l’école
comme un outil central pour l’égalité des chances. »
Mélia
« Nora, tu veux ajouter quelque chose ? »
Nora
« Oui, l’autre idée importante, c’est de
s’intéresser à la petite enfance.
Beaucoup d’inégalités se construisent très tôt :
accès ou non à des livres, à des crèches, à des modes de garde de qualité, à
des espaces calmes pour dormir ou jouer.
Plus on intervient tôt, plus on peut limiter les
écarts qui se creusent avant même l’entrée à l’école. »
La méritocratie : idéal ou illusion ?
Mélia
« Vous terminez votre article sur une notion qui
revient souvent dans le débat public : la méritocratie.
En gros : “si on travaille dur, on réussit”.
Est-ce que pour vous, c’est un principe réel… ou surtout un idéal affiché ?
Nora ? »
Nora
« Pour une partie des gens, la méritocratie reste
surtout un discours.
Bien sûr, il y a des parcours de réussite, des “exceptions” qui montrent qu’on
peut s’en sortir.
Mais quand on regarde les statistiques, on voit
que la probabilité de réussir de longues études, d’entrer dans certaines écoles
ou d’obtenir certains emplois reste très liée à l’origine sociale.
Donc, oui, le mérite compte… mais il est loin
d’effacer le poids de la famille. »
Émy
« Et ça pose une vraie question : est-ce qu’on peut vraiment dire à tous les élèves “si tu travailles, tu
réussiras”,
alors qu’on sait que certains doivent déjà franchir des obstacles que d’autres
n’auront jamais ?
La méritocratie reste un idéal intéressant, mais
pour qu’elle soit plus réelle, il faut agir sur tout ce qui se joue avant
même l’école. »
« Merci beaucoup, Émy, merci Nora, pour cette
réflexion à la fois honnête et nuancée.
Ce qu’on retient aujourd’hui, c’est que :
- la famille peut être un formidable soutien,
- mais elle peut aussi être un facteur de frein à l’égalité des
chances ;
et que, tant qu’on ne compensera pas suffisamment ces écarts, la méritocratie restera surtout un idéal plus qu’une réalité.
On se retrouve très bientôt pour un nouvel épisode de La Matinale des Droits & Libertés. »


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